Requête concernant la légitimation des déclarations sous torture

Publié: novembre 13, 2012 dans Uncategorized

Le procès contre C. Gauger et Sonja Suder a commencé le 21 septembre 2012 par deux requêtes en récusation des juges déposées par leurs avocats. Six mois plus tôt, une requête en récusation avait été déposée pour dénoncer la partialité des juges qui fondent tout le procès sur les déclarations extorquées sous la torture à Hermann Feiling concernant les actions de RZ, et sur les déclarations du repenti Hans-Joachim Klein concernant l’opération de 1975 sur l’OPEP. Article rédigé par Linter sur la requête déposée par l’avocat de Christian :

Hermann Feiling a été arrêté en 1978 à la suite de l’explosion de la bombe qu’il voulait déposer au consulat d’Argentine. Rappelons que l’Argentine était une dictature où l’on n’hésitait pas à organiser la coupe du monde de football, alors que des milliers de gens y disparaissaient, y étaient torturés. C’était aussi l’époque du Chili, de l’apartheid en Afrique du Sud … De nombreuses mobilisations ont eu lieu à cette époque, mais la coupe du monde a eu lieu envers et contre tout. Rappelons d’autre part qu’Hermann Feiling avait choisi un moment où les locaux étaient vides. C’était une action aux objectifs purement matériels comme il y en avait tant à l’époque. H. Feiling était un tout jeune militant, comme il y en avait aussi tant à l’époque, en Allemagne et dans les pays occidentaux.

Mais on était dans l’Allemagne de Stammheim. Et ce qui s’est passé dépasse l’entendement: et quand on lit la requête de l’avocat de Christian Gauger, on comprend qu’à l’époque tout était possible. Que ceux qui ont des doutes sur les assassinats des militants de la RAF en octobre 1977, lisent ce redoutable document.

Car c’est un homme devenu brutalement aveugle, amputé, relié à des tuyaux pour assurer ces fonctions vitales, que l’on est venu interroger dès le lendemain de l’opération. Feiling a dû en effet être amputé dès son transfert à l’hôpital des deux jambes.On dû lui retirer les deux globes oculaires. L’avocat de Hermann Feiling, Me Stephan Baier a pu à l’époque retracer le timing exact de ces interogatoires. Et la lecture de son témoignage de l’époque est au sens propre intolérable.

C’est un homme retenu illégalement auquel ont été soutirées des déclarations. En effet un mandat d’amener avait été émis, mais jamais exécuté. Hermann Feiling était si réellement libre que le juge saisi d’une requête de Me Maier pour rendre visite à son client, se déclarait pour cette raison incompétent. Hermann Feiling cependant a été retenu à l’hôpital sous surveillance policière totale pendant … quatre mois.

C’est un homme soumis à isolement total que l’on a interrogé si longuement que les procès-verbaux font plus 1300 pages. Isolement total voulu par la police et les services du procureur. Refus d’accorder des visites à des amis, refus de permis de visite à son avocat.

Un homme totalement dépendant des seuls policiers qui iront même et cela est attesté jusqu’à prendre en charge des soins créant une situation totale de dépendance physique et psychologique, et qui ont créé une atmosphère de peur et d’angoisse en lui affirmant que sa vie était menacée.

Un homme aussi totalement désorienté, en état de choc, ayant subi un traumatisme qu’aucun de nous ne peut même  imaginer – comme le souligne Me Baier – qui est ainsi amené à « parler »

Un homme devenu un simple objet pour les autorités, un homme comme le dit Me Baier, dont le cerveau était pillé sans vergogne par les enquêteurs, qui se servaient, pour reprendre ses mots, comme dans un supermarché.

Hermann Feiling, dès qu’il l’a pu est revenu sur ses déclarations et il n’a jamais varié sur cette position. Cet homme devenu si  totalement infirme a eu ce courage. Il a décrit les conditions dans lesquelles il s’était trouvé, il a dénoncé ces conditions comme acte de torture. Et Me Baier est aujourd’hui lui aussi présent pour témoigner toujours avec autant de force de ce qui a appris et vécu à l’époque.

La « justice » allemande à de multiples reprise a commis des experts pour savoir si Hermann Feiling était en mesure de répondre à des interrogatoires (puis plus tard de comparaître)! Etait-ce vraiment nécessaire? Qui peut raisonnablement croire qu’un homme dans une telle situation pouvait avoir son libre-arbitre, au lendemain de telles opérations alors que les effets de l’anesthésie n’avaient même pas pu se dissiper, en état de choc total.

Pourtant, il s’est bien trouvé déjà un médecin pour autoriser les services du procureur à interroger Hermann Feiling au lendemain de l’opération et jour après jour pendant quatre mois..

Et, Il s’est certes trouvé un expert pour penser qu’il n’était pas utile d’examiner l’état psychologique de Hermann Feiling dans cette situation, que la Cour pouvait s’en charger. C’est d’ailleurs l’un des points de la requête de Wolfgang Heierman. Il avait demandé à ce que l’on examine les conditions psychologiques dans lesquelles se trouvait Hermann Feiling à l’époque des interrogatoires à la lumière des recherches sur les traumatismes. Ce qui n’a pas été fait. Mais en fait une seule expertise, réalisée en 1982, permet aujourd’hui la comparution de Hermann Feiling et la recevabilité des interrogatoires.

Le texte de la requête de Me Heiermann va être diffusé largement. Nous en achevons la traduction avec d’autres camarades, en particulier de stopextraditions.

Elle devra servir très rapidement pour contacter tous ceux que nous pouvons: journalistes, association des droits de l’homme, associations sur le handicap,avocats,  enfin tous ceux auxquels nous pouvons penser. Pour etayer nos mobilisations.

Nous devons nous déplacer et rencontrer ceux qui peuvent parler, relayer ce que nous savons, car seule, comme toujours, une pression de l’opinion peut faire reculer les juges.

Pouvons-nous accepter que les déclarations d’un homme grièvement blessé et le mot est faible, en état absolu de choc retenu en toute illégalité pendant plus de quatre mois maintenu dans un isolement total au mépris d’un droit fondamental de tout accusé de répondre en toute conscience aux interrogatoires auxquels il est soumis. Pouvons-nous accepter que ces déclarations servent de base à un nouveau procès ?

En droit, et pour toutes ces raisons, ces déclarations ne sont pas recevables. Elles ne l’étaient pas hier, du temps de Stammheim. Elles ne le sont pas aujourd’hui. Sinon, ce serait bien du côté de l’Etat une justification des méthodes d’autrefois comme le souligne la défense.

Un nouvel automne allemand qui se préparerait dans ce procès contre C.Gauger et Sonja Suder.

linter, le 29 septembre 2012

 

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